Afrotopiques : PIERRE RABHI // Marronner la condition moderne

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Dans cet épisode, on rencontre Pierre Rabhi, grande figure de l’écologie en France, pionnier de l’agriculture écologique, fondateur de nombreux lieux, structures, mouvements comme celui des Colibris, et auteur de nombreux livres dans lesquels il partage sa vision du monde, et nous invite à le suivre dans la voie de ce qu’il nomme la sobriété heureuse.

Dans cet entretien on a surtout essayé de resituer les choses, et de repolitiser la figure de Pierre Rabhi, en mettant l’accent sur des aspects souvent occultés de son parcours.

On rappelle que Pierre Rabhi, c’est un enfant de la terre d’Algérie, que c’est avant tout une figure qui incarne le refus de la condition ouvrière moderne, le refus du pacte de la consommation proposé aux milieux populaires auquel lui et son épouse se trouvaient assignés à 20 ans. Que c’est quelqu’un, non seulement qui s’est levé, et qui s’est cassé, il y a déjà 60 ans, mais qui a surtout énormément oeuvré, construit et semé, en France et au-delà.

On découvre à quel point la trajectoire de Pierre Rabhi est liée de l’entreprise destructrice et prédatrice de la Modernité occidentale. Et comment son parcours de vie est un bel exemple d’émancipation.

Né dans les années 30, dans une Algérie qui était alors une colonie française de peuplement, c’est l’exploitation de mines de charbon pour le compte de l’industrie française, qui a détruit son village, transformé les paysans en ouvriers mineurs, et condamné à l’exode urbain ou métropolitain toute une génération, en modifiant durablement l’organisation de la vie humaine sur ce territoire.

Il nous raconte son parcours, du déracinement au réenracinement, sa quête philosophique et spirituelle, son retour à la terre à contre-courant, Il nous parle de sacré, de droit à l’expérimentation, de convivialisme, et de la nécessité brulante de vivre autrement.

Il nous raconte aussi comment c’était de travailler en agro-écologie sous Thomas Sankara, au début des années 80’ avec des paysans du Burkina Faso.

C’est un épisode que l’on a enregistré en Aout 2019, il y a presque 1 an, et on ne peut s’empêcher de noter l’usage prémonitoire du mot « confiné » pour décrire les populations urbaines, et la pertinence de son analyse sur la fragilité du modèle des villes hors-sol et consuméristes, à laquelle la séquence COVID-19 a très largement donné raison.

Voilà, pour nous Pierre Rabhi c’est, avant quoi que ce soit d’autre chose, quelqu’un qui a tracé une voie, et dont l’histoire personnelle illustre à la fois la fracture coloniale et environnementale de la Modernité, ainsi qu’une belle manière de la dépasser.

Donc, à tous ceux qui voudraient opposer écologie et les classes populaires, on rappelle que l’une des grandes figures de la contestation du modèle productiviste et consumériste, est incarnée en France par un ouvrier d’origine algérienne qui a fait sécession, et proposé une alternative radicale.

Et à toute la jeunesse des quartiers, on a envie de dire qu’on a des figures inspirantes pour penser et construire le retournement du présent.

Pour prolonger la réflexion, on vous invite à écouter notre épisode avec Malcom Ferdinand sur l’écologie décoloniale, et à découvrir IMAGO TV, la plateforme de ressources audio et vidéo pour la transition écologique, sociale et politique.

Bonne écoute //

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