Dans La démission de la morale, Émile Faguet propose un essai vigoureux sur l'affaiblissement du sens moral dans la société moderne. Le livre examine, avec une prose nette, classique et volontiers polémique, la manière dont l'individualisme, le scepticisme et certaines complaisances intellectuelles conduisent à une abdication des devoirs personnels et civiques. Héritier de la tradition moraliste française, Faguet s'inscrit ici dans un contexte de débats intenses sur l'éducation, la République et la crise des valeurs à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. Critique littéraire, historien des idées et académicien, Faguet fut l'un des grands observateurs de la vie intellectuelle française. Son œuvre manifeste un attachement constant à la clarté, à la raison et à la responsabilité civique. On comprend que cet auteur, attentif aux dérèglements de son temps et aux faiblesses de l'enseignement moral, ait voulu écrire ce livre comme un avertissement. Sa réflexion procède moins d'un dogmatisme que d'une inquiétude profonde devant une civilisation qui risque de perdre ses disciplines intérieures. Je recommande vivement cet ouvrage à quiconque s'intéresse à l'histoire des idées, à l'éthique publique et aux diagnostics culturels. On y trouve une pensée ferme, parfois sévère, mais toujours stimulante, qui oblige le lecteur à interroger ses propres concessions morales. C'est un livre bref en apparence, mais durable par la portée de ses questions.