Dans Les enfants du Ghetto, Israel Zangwill compose une vaste fresque du monde juif de l'East End londonien, où la vie quotidienne, les débats religieux, les aspirations sociales et les tensions de l'assimilation s'entrelacent avec une précision presque ethnographique. Le livre oscille entre roman, tableau de mœurs et chronique communautaire, mêlant verve satirique, tendresse réaliste et fine observation psychologique. Inscrit dans la littérature anglo-juive de la fin du XIXe siècle, il éclaire avec nuance les contradictions d'une minorité partagée entre fidélité à la tradition et attrait de la modernité anglaise. Zangwill, écrivain britannique d'origine juive, fut profondément marqué par l'expérience des immigrés juifs dans le Londres populaire. Né en 1864, familier des tensions entre héritage diasporique et intégration nationale, il transforma son savoir intime du milieu juif en matière littéraire. Son intérêt pour les questions d'identité, de pluralisme et d'émancipation explique la puissance documentaire et morale de ce livre, qui participe aussi à son ambition plus large de faire entendre, dans la littérature anglaise, une voix juive pleinement consciente d'elle-même. Je recommande vivement ce livre à quiconque s'intéresse à la représentation littéraire des minorités, à l'histoire sociale du judaïsme européen et aux formes du roman réaliste fin-de-siècle. On y découvre une œuvre érudite sans sécheresse, humaine sans sentimentalisme, dont la richesse historique n'amoindrit jamais l'émotion.